Le trafic de l’ivoire n’était-il qu’un mauvais souvenir ?
Au cours des deux derniers mois, cinq éléphants ont été retrouvés abattus dans le Parc national de Tsavo, au Kenya. Leurs défenses coupées à la hache, marque du braconnage pour l’ivoire, sont, pour les autorités et les associations de défense de la nature, le signe d’une recrudescence de ce trafic illégal. En effet, Jonathan Kirui, directeur adjoint au parc, témoigne que « depuis la vente exceptionnelle d’ivoire des pays d’Afrique australe qui a eu lieu l’an dernier à destination de la Chine et du Japon, nous avons remarqué une augmentation sans précédent des actes de braconnage sur les éléphants dans le parc de Tsavo ». Dans la même lignée, les rapports des services de la faune sauvage kenyans révèlent une augmentation de 60 % du braconnage dans le pays entre 2007 et 2008.
En 1989, l’éléphant d’Afrique a été inscrit en Annexe I de la CITES (1), interdisant tout commerce international des éléphants et de leurs produits dérivés, notamment l’ivoire. Cette disposition a été révisée en 1997 et certaines populations ont été déclassées en Annexe II, ce qui permet des échanges commerciaux avec autorisation spéciale de la CITES. Depuis, des ventes aux enchères exceptionnelles ont été autorisées, et notamment, la dernière en date, en novembre 2008, mettait sur le marché plus de cent tonnes d’ivoire et a rapporté plus de 12 millions d’euros. Pour les associations écologistes, ce type d’autorisation ne peut que stimuler la demande et créer des failles permettant de blanchir l’ivoire illicite sur des marchés légaux. Selon J. Kirui, au Kenya, « le kilo d’ivoire se vend aux trafiquants locaux à 29, 50 € minimum par les intermédiaires et cela pourrait inciter les populations locales, jusque-là non impliquées dans le commerce illicite, à y prendre part ». Par comparaison, sur le marché noir international, le kilo d’ivoire se vend à plus de 600 euros.
Peter Pueschel, directeur de programme faune sauvage à l’IFAW (2) estime à 20 000 le nombre d’éléphants tués chaque année pour leurs défenses. Il constate qu’actuellement le braconnage a atteint un niveau qui dépasse de loin tout ce qui a été enregistré depuis l’embargo de 1989 sur le commerce de l’ivoire. « La situation est terrible et doit être enrayée avant toute nouvelle escalade » déclarera James Isiche, directeur du bureau régional d’Afrique orientale d’IFAW.
Elisabeth Leciak
18-10-2008
Près de 108 tonnes d’ivoire bientôt mises en vente
La CITES (1) va de nouveau déroger à l’interdiction du commerce international de l’ivoire, dont elle fut l’initiatrice en 1989, en organisant d’ici quinze jours une vente aux enchères légale. Celle-ci s’applique uniquement à l’ivoire saisi sur des éléphants morts de façon naturelle ou abattus de manière sélective car jugés gênants. Extrêmement encadré, ce commerce légal et ponctuel implique qu’un pays soit identifié comme l’unique partenaire commercial de l’opération. Bien que sujette à polémique,
Outre sa désapprobation quant au choix de la Chine, présentée comme étant avec le Japon
(lequel a également bénéficié des largesses de la CITES en 2002) l’un des deux plus grands marchés illicites d’ivoire au monde, l’IFAW (Fonds international pour la protection des animaux) a exprimé son inquiétude quant à la tenue de ce type de vente d'ivoire. D’après l’association, ces procédés ne feraient qu’entretenir les filières des marchés illégaux dans leurs activités. Ainsi, provenant de 4 pays (2), les quelque 108 tonnes d’ivoire destinées à être écoulées prochainement, équivalant aux défenses de plus de 10 000 éléphants, encouragent les braconniers à blanchir leurs stocks d’ivoire illégal. Des marchandises qui pourraient facilement trouver preneurs. En effet, si l’on croit un sondage réalisé en 2007 par l’IFAW auprès du public chinois, 14,5 % des personnes admettent être des consommateurs d’ivoire mais près de 76 % d'entre eux enfreindraient volontiers le système de contrôle pour obtenir de l’ivoire à bas prix.
A l’issue de cette nouvelle vente exceptionnelle, l'interdiction du commerce de l’ivoire, renouvelée l'année passée pour une période de 9 ans, reprendra son cours... jusqu’à la prochaine autre vente légale.
Cécile Cassier
1- Convention sur le Commerce international des espèces de faune et de flore menacées d'extinction. 2- Botswana : 44 tonnes; Namibie : 9 tonnes; Afrique du Sud : 51 tonnes; Zimbabwe : 4 tonnes.
16-08-2007
Trafic d'ivoire - le Japon très clément avec les contrebandiers
La personne, qui a essayé de faire entrer clandestinement à Osaka trois tonnes d’ivoire de contrebande en août 2006, a été condamnée à un an de prison avec sursis et à une amende de 800 000 yens (4 950 euros). Cette peine, prononcée par un tribunal japonais, apparaît dérisoire au regard de la valeur marchande de la 'marchandise', estimée à un milliard de yens (6,2 millions d'euros). De plus alors que la clémence du tribunal rappelle que le Japon est opposé à l'interdiction actuelle du commerce de l'ivoire, 'certains officiels du ministère (METI) ont fait savoir qu'ils s'opposaient à ce que l'ivoire soit brûlé, en déclarant que ce serait du gâchis' selon un article du quotidien japonais Yomiuri.
Si ce n'est pas la première fois que les tribunaux japonais prononcent ce type de peine très indulgente, au-delà de l'ivoire et des éléphants qui sont tués pour le prélever, le trafic de l'or blanc est également la cause de nombreuses victimes humaines. En mai dernier, six gardes ont été tués en protégeant des éléphants (3 au Kenya et 3 autres au Tchad). Selon IFAW, plusieurs dizaines de gardes africains périssent ainsi sous les balles des contrebandiers d'ivoire, chaque année. 'Cependant, les tribunaux japonais ne tiennent aucun compte de cette terrible tragédie lorsqu'ils jugent la gravité du crime. Ils se moquent de ce que des Africains soient assassinés par des criminels qui sont motivés par le marché florissant de l'ivoire au Japon', note Michael Wamithi, du fonds international pour la protection des animaux (IFAW). Cette indulgence est une des raisons de la recrudescence actuelle du trafic d'ivoire, les Japonais reconnaissant officiellement que 40 tonnes d'ivoire de contrebande ont été saisies au cours des années 2005 et 2006, soit une quantité trois fois supérieure aux saisies enregistrées par le passé, sur une période de deux ans.
12-05-2007
De nouveaux chiffres démontrent la ''bonne santé'' du trafic d’ivoire
A l’échelle mondiale, on enregistre environ 1 100 saisies par an d’ivoire illégal, soit en moyenne 3 par jour. Si le nombre des saisies est en baisse, celui du tonnage (une paire de défenses d’éléphant pèse en moyenne 10 kg) connaît par contre une courbe inverse, démontrant la professionnalisation des filières de trafic. Les saisies d’une tonne, ou plus, ont quasiment doublé ces dernières années, le programme ETIS (1) en ayant recensé 32 entre 1998 et 2006, quand 17 cas étaient enregistrés de 1989 à 1997.
Estimation du tonnage d'ivoire et des cas de saisies par an (source ETIS - mars 2007)
Les 3 pays les plus impliqués dans ce trafic seraient la République démocratique du Congo, le Cameroun et le Niger. Rien d’étonnant à ceci car 'Avec une multitude de zones de conflit, l’Afrique centrale écoule énormément d’ivoire, et ces 3 pays sont les filières de prédilection depuis l’Afrique vers les marchés internationaux…' explique Tom Milliken, principal auteur d’une récente étude de TRAFFIC (2), le réseau de surveillance du commerce des espèces sauvages de plantes et d’animaux.
Rappelons que la demande d’ivoire augmente principalement pour alimenter un marché asiatique où les prix atteignent des sommets (Chine, Japon et Thaïlande essentiellement). L’ivoire transite alors dans les ports, notamment ceux de Hong Kong, Macao et Taiwan, ou via les Philippines. Ensemble, ces 7 territoires représenteraient 62 % des saisies du continent asiatique. Si la Chine a, selon le WWF, fait des efforts significatifs à l’intérieur de ses frontières, ETIS relève la présence de Chinois dans au moins 126 saisies d’ivoire sur le continent africain.
Pascal Farcy
1- ETIS est la plus grande base de données en matière de saisies d'ivoire, au niveau planétaire. Elle a été créée en 1997 pour surveiller le trafic d'ivoire et vérifier si une reprise limitée du commerce d'ivoire aurait un impact négatif sur les populations d'éléphants. 2- Le rapport complet sur le trafic d'ivoire sera présenté à la 14e conférence de la CITES, la convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction qui se déroulera du 3 au 15 juin 2007 aux Pays-Bas. Télécharger le rapport (anglais).
02-03-2007
La France pourrait être favorable à la commercialisation de l’ivoire
Alors que le trafic de l’ivoire apparaît très actif, 2 pays africains (Kenya et Mali) entendent demander l’instauration d’un moratoire de 20 ans sur le commerce international de l’ivoire brut et travaillé, pour protéger les dernières populations d’éléphants. Or, alors qu’il vient d’être démontré que le trafic d’ivoire de l’année passée correspond à la disparition de 23 000 éléphants, tout soutien apporté à une réouverture, même partielle, du commerce de l’ivoire, est un feu vert adressé aux braconniers et donc une condamnation à mort des éléphants tant africains qu’asiatiques à plus ou moins longue échéance.
Aussi étonnant que cela paraisse, c’est pourtant ce qu’envisage la France si l’on se réfère à la position de Nelly Olin, la ministre de l’écologie, qui a fait savoir qu’elle ne soutiendrait pas la proposition du Kenya et du Mali.
Même si cette proposition ne sera formulée qu’en juin 2007, lors de la 14e Conférence des Parties de la CITES (1), et qu’à cette date N. Olin ne sera probablement plus ministre de l’écologie (suite à l’élection présidentielle, N.D.L.R.), cette position est révélatrice de la position qu’entend tenir la France lors de cet événement… Les associations IFAW ,SPA , SNPN et One Voicesollicitent pour cette raison l’intervention du président de la république pour que la France, à l'inverse de ce qui est pressenti, soutienne fermement la proposition d’un moratoire de 20 ans sur le commerce de l’ivoire, en conformité avec ses engagements passés en faveur d’une conservation intégrale de l’éléphant d’Afrique.
Pascal Farcy
1- Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction. La CITESa pour but de veiller à ce que le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages ne menace pas la survie des espèces auxquelles ils appartiennent.
27-02-2007
Les éléphants sur la sellette avec un trafic de l’ivoire qui explose
En dépit de son interdiction de commerce depuis 1989, l’ivoire reste une matière recherchée. En une année, les services des douanes en ont saisi 23 tonnes, auxquelles il convient d’ajouter 91 défenses. Or, selon les estimations actuelles des douanes, moins de 10 % des produits de contrebande (armes, drogues, etc.) sont interceptés. Sur ce principe, et sachant qu’une paire de défenses d’éléphant pèse en moyenne 10 kg, le trafic d’ivoire de l’année passée correspondrait à 23 000 pachydermes tués pour leur ivoire, un chiffre à comparer aux 600 000 éléphants que compte l’Afrique aujourd’hui (1,3 million en 1979…).
Si la perte d’habitat est une des causes du déclin des éléphants, la principale menace qui pèse sur leurs populations est liée au braconnage et à l’existence de réseaux de contrebande bien structurés, visant à alimenter un marché asiatique où les prix de l’ivoire atteignent des sommets (Chine et Japon essentiellement). Face à cela, les autorités peinent à faire respecter l’embargo sur le commerce de l’ivoire, l’identification des braconniers et des réseaux de distribution restant illusoires dans des pays où les moyens de police sont quasiment inexistants.
Toutefois, hier, la publication d’analyses ADN effectuées sur une cargaison de 6,5 tonnes d’ivoire saisies en 2002, à Singapour, pourrait permettre d’identifier avec plus de facilité les réseaux de contrebande. Avec une certitude proche de 100 %, des chercheurs de l’Académie des sciences des USA (PNAS) ont révélé que l’ivoire saisi provenait d’éléphants des savanes (Loxodonta africana africana), essentiellement originaires de Zambie. Cette affirmation réfute les soupçons initiaux des autorités, selon lesquelles l’ivoire provenait de multiples origines. De même, le nombre de 135 d’éléphants tués illégalement en Zambie au cours des 10 dernières années, apparaît dès lors dénoué de toute crédibilité dans un pays qui dispose de très peu de moyens de surveillance.
Pascal Farcy
1- Les séquences d'ADN recueillies ont été comparées à une base de données génétique réalisée il y a 2 ans, sur les fientes d'éléphants de 23 pays africains différents.